Rétrocessions : ce que la directive européenne RIS va changer pour vous, et ce qu’elle laisse en place
L'Union européenne s'apprête à adopter la directive dite « RIS », qui révise les règles de la vente de placements aux particuliers. Elle n'interdit pas les rétrocessions, ces commissions que le fabricant d'un produit reverse à celui qui vous le conseille. Elle les soumet à un test et oblige à les chiffrer en euros, chaque année. Voici ce qui change, ce qui ne change pas, et à partir de quand.
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De quoi parle-t-on, et quand
RIS est l'abréviation de Retail Investment Strategy, la « stratégie d'investissement de détail » présentée par la Commission européenne le 24 mai 2023. Le mot « détail » désigne ici les particuliers, par opposition aux investisseurs professionnels. Le cœur du projet est une directive qui modifie plusieurs textes à la fois, dont deux qui vous concernent directement :
- MIF 2, la directive qui encadre le conseil sur les placements financiers : actions, obligations, fonds, compte-titres, PEA ;
- la DDA, la directive sur la distribution d'assurances, qui encadre notamment la vente d'assurance-vie en unités de compte.
Le texte n'est pas encore définitivement adopté. Voici les étapes, telles que les décrivent les documents officiels consultés le 6 octobre 2026.
| Date | Étape |
|---|---|
| 24 mai 2023 | Proposition de la Commission européenne |
| 18 décembre 2025 | Accord politique entre le Parlement européen et les États membres |
| Juin 2026 | Texte final approuvé par les ambassadeurs des États membres (5 juin), puis par la commission des affaires économiques du Parlement (23 juin) |
| 11 novembre 2026 | Vote final du Parlement, date indicative |
| Janvier 2027 au plus tard | Publication au Journal officiel de l'Union, selon la Commission |
| Vers juillet 2029 | Application des nouvelles règles, trente mois après l'entrée en vigueur |
Retenez surtout la dernière ligne. Entre-temps, la France doit transposer la directive, c'est-à-dire l'inscrire dans son propre droit : elle a vingt-quatre mois pour le faire. D'ici là, ce sont les règles actuelles qui s'appliquent à votre conseiller. Elles sont résumées dans notre guide sur les rétrocommissions.
Pas d’interdiction, sauf si la France le décide
En 2023, la Commission voulait aller plus loin. Son étude d'impact jugeait qu'une interdiction totale des rétrocessions serait le moyen le plus efficace de réduire les conflits d'intérêts. Elle avait pourtant renoncé à la proposer, de peur de bouleverser les réseaux de vente. Elle proposait seulement une interdiction partielle, limitée aux achats faits sans conseil, par exemple sur une plateforme en ligne.
Le texte final abandonne même cette interdiction partielle. L'histoire de ce renoncement, et le précédent britannique qui l'a nourri, sont racontés dans notre billet sur les douze ans sans commissions du Royaume-Uni. Ce qui reste est une faculté laissée à chaque pays : un État peut interdire ou limiter les rétrocessions chez lui, « dans des cas exceptionnels ». Il doit alors justifier ce choix par des risques propres à son marché, et prévenir la Commission deux mois avant.
Deux interdictions existent déjà et sont maintenues :
- le conseil dit « indépendant » : celui qui le pratique ne peut pas accepter et garder une commission versée par un tiers ;
- la gestion sous mandat, quand vous confiez à un professionnel le soin de décider à votre place : même règle.
Tout le reste, à commencer par le conseil dit « non indépendant », reste autorisé à percevoir des rétrocessions. Mais à des conditions nouvelles.
Le « test des rétrocessions » : cinq conditions
La directive crée un nouvel article dans MIF 2, l'article 24 bis. Il pose une règle simple : un professionnel qui perçoit des rétrocessions est réputé ne pas agir dans votre intérêt s'il ne remplit pas les cinq conditions suivantes.
- Un calcul clair. La rétrocession repose sur une méthode de calcul compréhensible et transparente.
- Un avantage concret pour vous. Le texte parle d'« avantage tangible » pour le client. On y revient plus bas.
- Un montant proportionné. Le niveau de la rétrocession doit être en rapport avec la valeur du produit et avec le service rendu.
- Pas de prime au volume. Aucun bonus ne doit se déclencher quand le conseiller atteint un objectif de ventes, sur un produit ou au total.
- Un montant identifiable. La rétrocession doit pouvoir être distinguée des autres frais.
Pour l'assurance-vie, le nouvel article 29 bis de la DDA reprend les mêmes conditions, avec deux différences. Les objectifs de ventes y restent possibles s'ils tiennent compte de critères de qualité. Et une condition s'ajoute : un mécanisme doit permettre, le cas échéant, de récupérer la commission si le contrat est racheté très tôt, ou si le client a été lésé par un manquement.
Un « avantage tangible » qui ressemble beaucoup à l’existant
Qu'est-ce qui justifie une rétrocession ? Le texte cite trois services. Le premier est un conseil sur une large gamme de produits, dont une part suffisante de fournisseurs extérieurs au groupe du conseiller. Le deuxième est un conseil assorti d'une offre, au moins une fois par an, de vérifier que vos placements vous conviennent toujours. Le troisième est l'accès, à un prix compétitif, à une large gamme de produits, accompagné d'outils ou de rapports réguliers.
Cette liste reprend presque mot pour mot celle qui existe depuis 2017 dans un texte d'application de MIF 2. Sur ce point précis, la nouveauté est donc mince. Un conseil accompagné d'une simple offre de revue annuelle peut suffire à justifier une commission versée chaque année. Le texte ajoute d'ailleurs que d'autres services peuvent convenir. Et le contrôle se fait par groupe de clients, pas client par client.
Les vraies nouveautés sont ailleurs : l'interdiction des primes au volume, l'exigence de proportion entre la commission et le service, et la récupération possible en assurance. Les critères précis seront fixés plus tard par la Commission, sur avis de l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), attendu au plus tard le 1er octobre 2027.
Ce que vous verrez sur vos documents
Pour un particulier, le changement le plus visible concerne l'information. L'existence, la nature et le montant des rétrocessions devront être présentés à part, séparés des autres frais, avant comme après la souscription.
Pour un compte-titres ou un PEA conseillé, vous recevez déjà un relevé annuel des frais. Notre billet sur le relevé annuel des frais explique comment le lire. Il devra désormais distinguer trois blocs, en euros et en pourcentage : le prix du service, les frais des produits, et les rétrocessions. Il devra aussi montrer l'effet cumulé des rétrocessions sur votre rendement, sur l'année et depuis l'achat de chaque produit. Sur demande, vous aurez droit au détail produit par produit.
Pour l'assurance-vie, le progrès est plus net, car on part de plus loin. Aujourd'hui, les frais y sont surtout donnés en pourcentages. L'assureur devra envoyer chaque année un relevé personnalisé. Il détaillera les frais et les rétrocessions des douze derniers mois, en euros et en pourcentage, puis leur cumul depuis l'ouverture du contrat. Il indiquera aussi l'effet de ces rétrocessions sur votre rendement net.
Un détail compte pour les clients des cabinets rémunérés par honoraires. Le relevé de l'assureur ne comprendra pas les honoraires que vous réglez directement à votre conseiller, et l'assureur devra vous le signaler. Pour comparer deux modèles, il faudra donc additionner vous-même les deux documents.
Enfin, les plateformes qui vendent sans conseil et proposent un outil de recherche devront ajouter un filtre. Il permettra d'afficher les seuls produits sur lesquels elles ne touchent aucune rétrocession. Si elles n'en proposent aucun, elles devront l'écrire clairement.
Et pour les conseillers en France ?
En France, un cabinet de gestion de patrimoine qui conseille sur des placements financiers le fait sous le statut de conseiller en investissements financiers (CIF). Ce statut national existe grâce à une exception prévue par l'article 3 de MIF 2. En contrepartie, la France doit leur appliquer des règles « au moins analogues » à celles de la directive. Or le texte final ajoute à cette liste le test des rétrocessions et les nouvelles obligations d'information. Les CIF y seront donc soumis, sous une forme ou une autre, lors de la transposition.
Pour le CIF qui se déclare indépendant, rien ne change sur le fond. Le code monétaire et financier lui interdit déjà de garder les commissions versées par des tiers (article L.541-8-1, 7°). Mais selon l'AMF, 92 % des CIF sont aussi intermédiaires en assurance. Pour l'assurance-vie qu'ils placent, c'est la DDA qui s'applique, avec son propre test. Un cabinet peut donc être indépendant pour le conseil financier et percevoir des commissions sur vos contrats d'assurance-vie.
La France utilisera-t-elle sa faculté d'interdire ? Rien n'est décidé à ce jour. L'Autorité des marchés financiers (AMF) a seulement indiqué, dans ses priorités pour 2026, qu'elle s'était engagée à « éviter la surtransposition », c'est-à-dire à ne pas ajouter de règles françaises à celles de l'Europe. C'est un principe général, pas une annonce sur ce sujet précis.
Ce que la directive ne règle pas
Le texte contient une phrase qui mérite l'attention. Agir dans l'intérêt du client, dit-il, c'est notamment comparer les coûts des produits possibles. Si plusieurs produits conviennent, il faut recommander le moins coûteux. La seule exception : démontrer qu'un produit plus cher apporte objectivement plus à ce client précis. Cette phrase figure dans un considérant, c'est-à-dire dans l'exposé des motifs placé en tête de la directive, et non dans un article. Elle éclaire la règle sans en créer une nouvelle.
Deux limites, dans les deux sens
Une rétrocession qui passe le test n'est pas forcément un mauvais choix pour vous. Si le montant est affiché en euros, si le service est réel et si vous placez une petite somme, un conseil payé par commission peut coûter moins cher qu'un conseil facturé. C'est le pari de la directive : encadrer plutôt qu'interdire. Notre calculateur permet de comparer les deux modèles sur votre montant.
Les honoraires ne garantissent rien non plus. Le devoir d'agir au mieux de vos intérêts vaut aussi pour un cabinet rémunéré par ses clients. Des honoraires calculés en pourcentage de votre épargne gardent leur propre conflit d'intérêts, détaillé dans notre billet sur les honoraires sur encours. Et un conseil facturé peut être cher.
Dernier point : le texte peut encore bouger dans le détail. Le vote final n'a pas eu lieu, la relecture juridique se poursuit et les critères d'application restent à écrire. La Commission ne s'attend toutefois à aucun changement de fond.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
Vous n'avez pas besoin d'attendre 2029 pour obtenir l'essentiel de ce que promet la directive.
- Demandez le montant en euros des rétrocessions perçues sur vos placements l'an dernier. Pour un compte-titres ou un PEA, la réglementation actuelle l'impose déjà.
- Demandez ce que vous recevez en échange : quelle revue annuelle, quels conseils de répartition, quels rapports. C'est la question que posera le futur test.
- Comparez avec un cabinet payé par ses clients. Les cabinets qui pratiquent le conseil indépendant au sens de MIF 2 figurent dans l'annuaire. Notre guide sur les tarifs des conseillers donne les ordres de grandeur.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce que la directive RIS ?
- C'est le volet principal de la stratégie européenne pour les investisseurs particuliers (Retail Investment Strategy), proposée en mai 2023. Elle modifie notamment MIF 2 et la directive sur la distribution d'assurances. Un accord politique a été trouvé le 18 décembre 2025 ; le vote final du Parlement est indicativement prévu le 11 novembre 2026.
- La directive RIS interdit-elle les rétrocessions ?
- Non. Elle les soumet à un « test » en cinq conditions et impose de les afficher à part, en euros. Chaque État membre reste libre de les interdire chez lui, dans des cas exceptionnels et en le justifiant. Les interdictions existantes pour le conseil indépendant et la gestion sous mandat sont maintenues.
- Quand les nouvelles règles s’appliqueront-elles ?
- Pas avant 2029. La Commission prévoit une publication au plus tard en janvier 2027, puis une application trente mois après l'entrée en vigueur, soit vers juillet 2029. D'ici là, les règles actuelles restent en vigueur.
- Qu’est-ce qui changera sur mon relevé d’assurance-vie ?
- L'assureur devra envoyer chaque année un relevé personnalisé. Il indiquera les frais et les rétrocessions en euros et en pourcentage, sur douze mois et depuis l'ouverture du contrat, ainsi que leur effet sur votre rendement net. Les honoraires réglés directement à un conseiller n'y figureront pas.
- La France va-t-elle interdire les rétrocessions ?
- Rien n'est décidé. La directive le permet, mais aucune annonce n'a été faite en ce sens à la date de ce billet. Le choix se fera lors de la transposition, d'ici 2029.
Sources
- Conseil de l’UE, document 9538/26 du 28 mai 2026 : texte de compromis final de la directive — article 24 bis de MIF 2 (test en cinq conditions, avantage tangible, faculté nationale d’interdire), article 24 ter (relevé annuel), article 29 bis de la DDA, relevé annuel en assurance, article 3 de MIF 2, considérant sur l’option la moins coûteuse
- Conseil de l’UE, document 13589/26 du 2 octobre 2026 : état des textes financiers en cours — accord du 18 décembre 2025, confirmation par les ambassadeurs le 5 juin 2026
- Parlement européen, Observatoire législatif, procédure 2023/0167(COD) — approbation en commission le 23 juin 2026, plénière indicative le 11 novembre 2026
- Commission européenne, demande d’avis technique à l’ESMA sur la RIS, août 2026 — calendrier (publication au plus tard en janvier 2027, transposition en 24 mois, application vers juillet 2029), avis de l’ESMA attendu le 1er octobre 2027
- Commission européenne, communiqué IP/25/3125 du 19 décembre 2025 — contenu de l’accord politique
- Commission européenne, proposition de directive COM(2023) 279 final, 24 mai 2023 — étude d’impact sur l’interdiction totale, interdiction partielle proposée pour les ventes sans conseil
- Directive déléguée (UE) 2017/593, article 11 — liste actuelle des services qui justifient une rétrocession
- Directive 2014/65/UE (MIF 2), article 3 — exemption nationale et exigences « au moins analogues »
- Code monétaire et financier, article L.541-8-1 — obligations des CIF, dont le 7° sur le conseil indépendant
- AMF, guide MIF 2 pour les conseillers en investissements financiers, juin 2018 — le statut de CIF, régime d’exemption de l’article 3 de MIF 2
- AMF, chiffres clés des conseillers en investissements financiers 2024, décembre 2025 — 92 % des CIF ont aussi un statut d’intermédiaire en assurance
- AMF, priorités d’action et de supervision 2026 — engagement d’éviter la surtransposition
Cet article est une information générale sur un cadre réglementaire et sur des pratiques de marché. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni un conseil juridique ou fiscal. Les montants cités sont des ordres de grandeur : seuls les documents remis par votre interlocuteur font foi sur ce qu'il facture.