Rétrocommissions des CGP : qui paie vraiment votre conseiller ?
Une rétrocommission est la part des frais d'un placement que son fabricant reverse au conseiller qui l'a vendu : souvent la moitié des frais de gestion annuels. Vous n'avez jamais reçu de facture de votre conseiller, et vous en concluez que son conseil est gratuit. Il ne l'est pas : il est payé sur les frais de vos placements, par ceux qui les fabriquent. Voici combien, comment, et ce que la réglementation en dit.
Ce qu'est une rétrocommission
Une rétrocommission — le secteur dit « rétrocession » — est la part des frais prélevés sur un placement que son producteur reverse au professionnel qui l'a distribué. Une société de gestion, un assureur ou une plateforme encaisse des frais sur votre contrat, puis en reverse une fraction au cabinet qui vous a orienté vers ce produit.
Deux caractéristiques en font un sujet à part. D'abord, elle ne fait l'objet d'aucune facture : elle est déjà comprise dans les frais du produit, prélevée avant que vous ne voyiez votre performance. Ensuite, elle est majoritairement récurrente : elle tombe chaque année tant que vous détenez le placement, indépendamment du travail fourni cette année-là.
Le mot juste
« Rétrocession » est le terme du métier et des textes réglementaires ; « rétrocommission » est celui du langage courant. Les textes européens emploient pour leur part « avantage » ou inducement. Il s'agit de la même chose.
L'autre sens du mot
Dans la presse politique, « rétrocommission » désigne autre chose : la part d'une commission versée lors d'un grand contrat, souvent d'armement, qui revient illégalement vers des personnes du pays vendeur. L'affaire dite de Karachi en est l'exemple le plus cité. Ce guide traite uniquement du sens financier, légal et encadré : la rémunération d'un conseiller par les fabricants des placements qu'il recommande.
Qui verse quoi, et à quel moment
Le circuit ne passe jamais par vous. Vous versez de l'argent sur un contrat, le producteur prélève ses frais, et une partie de ces frais repart vers le cabinet. Trois moments comptent :
Avec rétrocommissions
Vous ne recevez aucune facture : le conseiller est payé par celui dont il vend le produit.
En honoraires
La dépense est visible et négociable, et le conseiller n’a rien à gagner à vous orienter vers un produit plutôt qu’un autre.
- À la souscription. Les frais d'entrée, ou frais sur versement, reviennent en pratique en totalité ou presque au distributeur. C'est le versement le plus visible, et le seul que beaucoup d'épargnants identifient.
- Chaque année, sur l'encours. Une part des frais de gestion du contrat, et une part des frais de gestion des supports que vous détenez. C'est de loin le poste le plus important sur la durée, et le moins perçu : il ne fait l'objet d'aucun prélèvement identifiable sur votre relevé.
- À chaque mouvement. Certains contrats prévoient des frais d'arbitrage, également partagés.
Retenez la deuxième ligne. Un cabinet rémunéré aux rétrocessions construit un revenu récurrent adossé à vos encours : ce n'est pas illégitime, mais cela signifie que sa rémunération dépend de ce que vous détenez, et non de ce qu'il fait.
Exemple chiffré : combien cela représente
Prenons un cas courant : 300 000 € placés sur un contrat d'assurance-vie investi en unités de compte, souscrit par l'intermédiaire d'un cabinet. Les taux ci-dessous sont des ordres de grandeur de marché, pas un barème — les vôtres figurent dans les documents de votre contrat.
| Prélèvement | Taux courant | Sur 300 000 € | Part revenant au cabinet |
|---|---|---|---|
| Frais d'entrée (une seule fois) | 3 % | 9 000 € | jusqu'à 9 000 € |
| Frais de gestion du contrat | 0,85 % / an | 2 550 € / an | environ 1 275 € / an |
| Frais de gestion des supports | 1,80 % / an | 5 400 € / an | environ 2 700 € / an |
| Perçu par le cabinet, année 1 | environ 12 975 € | ||
| Puis, chaque année suivante | environ 3 975 € |
Sur dix ans, à encours constant et hors performance, cela fait environ 48 750 € versés au cabinet — sans qu'aucune facture n'ait jamais été émise, et sans que vous ayez eu à signer un devis.
Ce montant n'est pas le coût total de votre contrat : c'est seulement la part qui revient au distributeur. Le reste va à l'assureur et aux sociétés de gestion. Le coût total, lui, est traité dans le guide sur les prix et honoraires d'un CGP.
Les taux selon le placement
Le taux de rétrocession dépend du placement. Aucun barème n'est public : les chiffres ci-dessous viennent de rapports officiels ou de professionnels qui les publient, avec leur source et leur date. Les vôtres figurent dans le document d'entrée en relation de votre conseiller et dans les documents du produit.
| Placement | Frais concernés | Ce qui revient au distributeur |
|---|---|---|
| Assurance-vie, frais sur versement | jusqu'à 3 % de chaque versement, parfois davantage | la totalité ou presque |
| Fonds actions dans un PER | 1,90 % par an en moyenne | 0,87 point par an (CCSF, 2021) |
| Fonds obligataires dans un PER | 1,10 % par an en moyenne | 0,49 point par an (CCSF, 2021) |
| SCPI, commission de souscription | 8 à 12 % TTC de chaque achat | « en moyenne de 4 à 5 % » du montant investi, selon un distributeur en ligne |
| ETF et fonds indiciels | 0,33 % par an en moyenne (AMF, 2026) | rien, en règle générale |
Le détail de chaque ligne est dans les billets dédiés : les frais d'assurance-vie, les frais du PER, la commission de souscription des SCPI et pourquoi un conseiller propose rarement des ETF.
Ce que la réglementation autorise
Percevoir des rétrocessions n'a rien d'illégal. C'est le modèle historique de la distribution financière en France, et il reste majoritaire : sur les sites de conseillers que nous avons lus, moins de deux sur cent écrivent ne toucher aucune rétrocommission (nos chiffres). Ce que la réglementation encadre, c'est la possibilité de le cumuler avec le mot « indépendant ».
La directive MIF II pose la règle à son article 24, paragraphe 7 : un prestataire qui informe son client fournir un conseil de manière indépendante doit évaluer un éventail suffisamment large de produits, et il ne peut ni accepter ni conserver de rétrocessions — à l'exception des avantages non monétaires mineurs. Pour les Conseillers en Investissements Financiers français, cette règle est reprise à l'article L.541-8-1 (7°) du Code monétaire et financier ; l'article 325-5 du règlement général de l'AMF les oblige à annoncer, dès le document d'entrée en relation, si leur conseil est indépendant ou non.
Un conseiller qui ne se déclare pas indépendant, lui, peut en percevoir, à trois conditions cumulatives : que l'avantage améliore la qualité du service rendu au client, qu'il ne nuise pas à l'obligation d'agir au mieux de ses intérêts, et qu'il lui soit communiqué. La directive déléguée (UE) 2017/593 détaille ce que « améliorer la qualité du service » veut dire — par exemple un accès à une gamme élargie, ou un suivi périodique de l'adéquation.
La conséquence pratique
Un cabinet ne peut pas se dire « indépendant au sens de MIF II » et conserver des rétrocessions sur son activité de conseil financier. C'est ce que la mention affichée sur chaque fiche de l'annuaire cherche à rendre lisible. En revanche, rien ne l'empêche de se dire simplement « indépendant » au sens de son capital, ce qui ne dit rien de sa rémunération — les deux sens du mot.
L'angle mort : l'assurance-vie
Voici le point que la plupart des articles sur le sujet passent sous silence, et qu'il faut connaître avant de se fier à une étiquette.
MIF II régit le conseil en investissements financiers. Or l'essentiel du patrimoine financier des ménages français est logé en assurance-vie, qui relève d'un autre texte : la directive sur la distribution d'assurances de 2016, transposée aux articles L.521-1 et suivants du Code des assurances. Ce cadre impose la transparence sur les rémunérations et un devoir de conseil, mais il ne comporte pas de régime de « conseil indépendant » assorti de la même interdiction de conserver les commissions.
Conséquence concrète : un cabinet peut parfaitement fournir un conseil indépendant au sens de MIF II au titre de son statut de CIF, et percevoir par ailleurs des commissions sur les contrats d'assurance-vie qu'il place au titre de son statut d'intermédiaire en assurance. Les deux ne sont pas contradictoires : ce sont deux activités, sous deux réglementations.
Ce qu'il faut en faire
C'est la principale limite de la mention « conseil indépendant MIF II », y compris telle que cet annuaire l'affiche. Elle ne vaut que pour le conseil financier. La question à poser au premier rendez-vous n'est donc pas « êtes-vous indépendant ? » mais : « sur chacun des produits que vous me proposez, assurance-vie comprise, percevez-vous une rémunération du producteur, et laquelle ? »
Certains cabinets aux honoraires reversent à leurs clients les commissions d'intermédiation qu'ils ne peuvent pas refuser. C'est vérifiable : demandez à voir la ligne de restitution sur un relevé.
Le conflit d'intérêts, concrètement
Rien de tout cela ne dit que les conseillers rémunérés aux rétrocessions conseillent mal. Beaucoup travaillent sérieusement, et le modèle a un mérite réel : il rend le conseil accessible à des épargnants qui ne paieraient jamais 2 000 € d'honoraires.
Mais la structure crée une asymétrie qu'il faut nommer. Sur les mêmes 300 000 €, un fonds indiciel coté à 0,20 % de frais annuels ne reverse rien au distributeur. Un fonds actions géré activement à 1,80 % lui reverse de l'ordre de 2 700 € par an. À conviction égale sur les deux supports, l'un rapporte au cabinet le prix d'un salaire de stagiaire chaque année, l'autre rien du tout.
Il ne s'agit pas de soupçonner qui que ce soit : il s'agit de constater qu'on demande à un professionnel de recommander de bonne foi le produit qui ne le paie pas. C'est exactement ce que la notion de conflit d'intérêts recouvre — et c'est pourquoi les textes imposent de l'identifier et de le déclarer plutôt que de faire comme s'il n'existait pas.
Savoir si votre conseiller en perçoit
Quatre documents, dans l'ordre où vous devriez les obtenir :
- Le document d'entrée en relation. Remis avant toute prestation. Il indique le statut du cabinet, ses liens capitalistiques avec des producteurs, et son mode de rémunération. C'est le premier document à réclamer, et son absence est en soi une réponse.
- La lettre de mission. Elle précise le périmètre et la rémunération de la mission de conseil. Un CIF doit la conclure par écrit : ce n'est pas une formalité de courtoisie.
- Le document d'informations clés de chaque produit proposé, qui détaille les frais d'entrée, de gestion et de sortie.
- Le relevé annuel de votre contrat, qui doit présenter les frais effectivement prélevés sur l'année.
Et une question, posée par écrit, à laquelle une réponse écrite est due : quel montant, en euros, avez-vous perçu au titre de mon contrat sur les douze derniers mois, tous producteurs confondus ? Un cabinet aux honoraires exclusifs répond « zéro » sans hésiter. Les autres devraient pouvoir chiffrer.
Les six questions à poser lors du premier rendez-vous complètent cette liste.
Questions fréquentes
- Rétrocommission et rétrocession, est-ce la même chose ?
- Oui. « Rétrocession » est le terme employé par les professionnels et les textes, « rétrocommission » celui du langage courant. Les directives européennes parlent d'« avantages » ou d'inducements.
- Quel est le taux de rétrocommission habituel ?
- Il n'existe pas de taux unique. En assurance-vie, les frais sur versement reviennent presque entièrement au distributeur, et une part des frais annuels aussi. Dans les PER étudiés par le CCSF en 2021, les fonds actions reversaient 0,87 point par an. Les ETF ne reversent en général rien. Le détail est dans le tableau des taux.
- Mon conseiller est-il obligé de me dire combien il touche ?
- Oui. L'information sur les coûts et frais, rémunération du distributeur comprise, est due avant la souscription, puis de façon périodique. Elle peut être donnée en pourcentage, mais vous êtes fondé à demander un montant en euros.
- Est-ce illégal de percevoir des rétrocommissions ?
- Non, c'est encadré, pas interdit. Ce qui est interdit, c'est de les conserver tout en se déclarant « indépendant » au sens de MIF II sur son activité de conseil financier.
- Un cabinet « indépendant » peut-il quand même en percevoir ?
- Oui, si « indépendant » désigne son capital — ne dépendre d'aucun groupe bancaire. C'est le malentendu le plus fréquent du secteur : les deux sens du mot.
- Un conseiller aux honoraires revient-il moins cher ?
- Pas systématiquement. En dessous d'environ 100 000 € de patrimoine confié, un forfait d'honoraires coûte souvent plus cher que les rétrocessions correspondantes. Le calcul du point de bascule figure dans le guide sur les prix et honoraires.
- Comment trouver un conseiller qui n’en perçoit pas ?
- L'annuaire signale les cabinets déclarant le conseil indépendant au sens de MIF II : voir la liste. Cette mention est déclarative — elle repose sur une déclaration du cabinet, pas sur un registre public.
À lire aussi :ce que la directive RIS change aux rétrocessions.
Sources
- Directive 2014/65/UE (MIF II), article 24 — régime du conseil indépendant et des avantages perçus de tiers
- Directive déléguée (UE) 2017/593 — conditions dans lesquelles un avantage améliore la qualité du service
- Directive (UE) 2016/97 sur la distribution d'assurances — cadre applicable à l'assurance-vie, distinct de MIF II
- Code monétaire et financier, article L.541-8-1 (7°) — conseil indépendant du CIF : éventail suffisant, aucune rémunération de tiers conservée
- Règlement général de l'AMF, article 325-5 — document d'entrée en relation : conseil indépendant ou non, et ce que cela implique pour la rémunération
- CCSF, Rapport sur les nouveaux plans d’épargne retraite, juillet 2021 — frais moyens des fonds actions et obligataires des PER, et part rétrocédée
- AMF, Lettre de l'observatoire de l'épargne n°65, avril 2026 — frais moyens 2025 des ETF d’actions (0,33 %)
- Louve Invest, « Frais de souscription SCPI » — part de la commission de souscription perçue par le conseiller
- Code monétaire et financier, article L.541-1 — statut de conseiller en investissements financiers
Cet article est une information générale sur un cadre réglementaire et sur des pratiques de marché. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni un conseil juridique ou fiscal. Les montants cités sont des ordres de grandeur : seuls les documents remis par votre interlocuteur font foi sur ce qu'il facture.