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Rétrocommissions des CGP : qui paie vraiment votre conseiller ?

Vous n'avez jamais reçu de facture de votre conseiller, et vous en concluez que son conseil est gratuit. Il ne l'est pas : il est payé sur les frais de vos placements, par ceux qui les fabriquent. Voici combien, comment, et ce que la réglementation en dit.

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Fondateur et directeur de publication de ZeroRetro

Publié le

Ce qu'est une rétrocommission

Une rétrocommission — le secteur dit « rétrocession » — est la part des frais prélevés sur un placement que son producteur reverse au professionnel qui l'a distribué. Une société de gestion, un assureur ou une plateforme encaisse des frais sur votre contrat, puis en reverse une fraction au cabinet qui vous a orienté vers ce produit.

Deux caractéristiques en font un sujet à part. D'abord, elle ne fait l'objet d'aucune facture : elle est déjà comprise dans les frais du produit, prélevée avant que vous ne voyiez votre performance. Ensuite, elle est majoritairement récurrente : elle tombe chaque année tant que vous détenez le placement, indépendamment du travail fourni cette année-là.

Le mot juste

« Rétrocession » est le terme du métier et des textes réglementaires ; « rétrocommission » est celui du langage courant. Les textes européens emploient pour leur part « avantage » ou inducement. Il s'agit de la même chose.

Qui verse quoi, et à quel moment

Le circuit ne passe jamais par vous. Vous versez de l'argent sur un contrat, le producteur prélève ses frais, et une partie de ces frais repart vers le cabinet. Trois moments comptent :

  • À la souscription. Les frais d'entrée, ou frais sur versement, reviennent en pratique en totalité ou presque au distributeur. C'est le versement le plus visible, et le seul que beaucoup d'épargnants identifient.
  • Chaque année, sur l'encours. Une part des frais de gestion du contrat, et une part des frais de gestion des supports que vous détenez. C'est de loin le poste le plus important sur la durée, et le moins perçu : il ne fait l'objet d'aucun prélèvement identifiable sur votre relevé.
  • À chaque mouvement. Certains contrats prévoient des frais d'arbitrage, également partagés.

Retenez la deuxième ligne. Un cabinet rémunéré aux rétrocessions construit un revenu récurrent adossé à vos encours : ce n'est pas illégitime, mais cela signifie que sa rémunération dépend de ce que vous détenez, et non de ce qu'il fait.

Combien cela représente, en euros

Prenons un cas courant : 300 000 € placés sur un contrat d'assurance-vie investi en unités de compte, souscrit par l'intermédiaire d'un cabinet. Les taux ci-dessous sont des ordres de grandeur de marché, pas un barème — les vôtres figurent dans les documents de votre contrat.

PrélèvementTaux courantSur 300 000 €Part revenant au cabinet
Frais d'entrée (une seule fois)3 %9 000 €jusqu'à 9 000 €
Frais de gestion du contrat0,85 % / an2 550 € / anenviron 1 275 € / an
Frais de gestion des supports1,80 % / an5 400 € / anenviron 2 700 € / an
Perçu par le cabinet, année 1environ 12 975 €
Puis, chaque année suivanteenviron 3 975 €

Sur dix ans, à encours constant et hors performance, cela fait environ 48 750 € versés au cabinet — sans qu'aucune facture n'ait jamais été émise, et sans que vous ayez eu à signer un devis.

Ce montant n'est pas le coût total de votre contrat : c'est seulement la part qui revient au distributeur. Le reste va à l'assureur et aux sociétés de gestion. Le coût total, lui, est traité dans le guide sur les prix et honoraires d'un CGP.

Ce que la réglementation autorise

Percevoir des rétrocessions n'a rien d'illégal. C'est le modèle historique de la distribution financière en France, et il reste majoritaire. Ce que la réglementation encadre, c'est la possibilité de le cumuler avec le mot « indépendant ».

La directive MIF II pose la règle à son article 24, paragraphe 7 : un prestataire qui informe son client fournir un conseil de manière indépendante doit évaluer un éventail suffisamment large de produits, et il ne peut ni accepter ni conserver de rétrocessions — à l'exception des avantages non monétaires mineurs. Pour les Conseillers en Investissements Financiers français, cette règle est reprise à l'article 325-5 du règlement général de l'AMF.

Un conseiller qui ne se déclare pas indépendant, lui, peut en percevoir, à trois conditions cumulatives : que l'avantage améliore la qualité du service rendu au client, qu'il ne nuise pas à l'obligation d'agir au mieux de ses intérêts, et qu'il lui soit communiqué. La directive déléguée (UE) 2017/593 détaille ce que « améliorer la qualité du service » veut dire — par exemple un accès à une gamme élargie, ou un suivi périodique de l'adéquation.

La conséquence pratique

Un cabinet ne peut pas se dire « indépendant au sens de MIF II » et conserver des rétrocessions sur son activité de conseil financier. C'est ce que la mention affichée sur chaque fiche de l'annuaire cherche à rendre lisible. En revanche, rien ne l'empêche de se dire simplement « indépendant » au sens de son capital, ce qui ne dit rien de sa rémunération — les deux sens du mot.

L'angle mort : l'assurance-vie

Voici le point que la plupart des articles sur le sujet passent sous silence, et qu'il faut connaître avant de se fier à une étiquette.

MIF II régit le conseil en investissements financiers. Or l'essentiel du patrimoine financier des ménages français est logé en assurance-vie, qui relève d'un autre texte : la directive sur la distribution d'assurances de 2016, transposée aux articles L.521-1 et suivants du Code des assurances. Ce cadre impose la transparence sur les rémunérations et un devoir de conseil, mais il ne comporte pas de régime de « conseil indépendant » assorti de la même interdiction de conserver les commissions.

Conséquence concrète : un cabinet peut parfaitement fournir un conseil indépendant au sens de MIF II au titre de son statut de CIF, et percevoir par ailleurs des commissions sur les contrats d'assurance-vie qu'il place au titre de son statut d'intermédiaire en assurance. Les deux ne sont pas contradictoires : ce sont deux activités, sous deux réglementations.

Ce qu'il faut en faire

C'est la principale limite de la mention « conseil indépendant MIF II », y compris telle que cet annuaire l'affiche. Elle ne vaut que pour le conseil financier. La question à poser au premier rendez-vous n'est donc pas « êtes-vous indépendant ? » mais : « sur chacun des produits que vous me proposez, assurance-vie comprise, percevez-vous une rémunération du producteur, et laquelle ? »

Certains cabinets aux honoraires reversent à leurs clients les commissions d'intermédiation qu'ils ne peuvent pas refuser. C'est vérifiable : demandez à voir la ligne de restitution sur un relevé.

Le conflit d'intérêts, concrètement

Rien de tout cela ne dit que les conseillers rémunérés aux rétrocessions conseillent mal. Beaucoup travaillent sérieusement, et le modèle a un mérite réel : il rend le conseil accessible à des épargnants qui ne paieraient jamais 2 000 € d'honoraires.

Mais la structure crée une asymétrie qu'il faut nommer. Sur les mêmes 300 000 €, un fonds indiciel coté à 0,20 % de frais annuels ne reverse rien au distributeur. Un fonds actions géré activement à 1,80 % lui reverse de l'ordre de 2 700 € par an. À conviction égale sur les deux supports, l'un rapporte au cabinet le prix d'un salaire de stagiaire chaque année, l'autre rien du tout.

Il ne s'agit pas de soupçonner qui que ce soit : il s'agit de constater qu'on demande à un professionnel de recommander de bonne foi le produit qui ne le paie pas. C'est exactement ce que la notion de conflit d'intérêts recouvre — et c'est pourquoi les textes imposent de l'identifier et de le déclarer plutôt que de faire comme s'il n'existait pas.

Savoir si votre conseiller en perçoit

Quatre documents, dans l'ordre où vous devriez les obtenir :

  1. Le document d'entrée en relation. Remis avant toute prestation. Il indique le statut du cabinet, ses liens capitalistiques avec des producteurs, et son mode de rémunération. C'est le premier document à réclamer, et son absence est en soi une réponse.
  2. La lettre de mission. Elle précise le périmètre et la rémunération de la mission de conseil. Un CIF doit la conclure par écrit : ce n'est pas une formalité de courtoisie.
  3. Le document d'informations clés de chaque produit proposé, qui détaille les frais d'entrée, de gestion et de sortie.
  4. Le relevé annuel de votre contrat, qui doit présenter les frais effectivement prélevés sur l'année.

Et une question, posée par écrit, à laquelle une réponse écrite est due : quel montant, en euros, avez-vous perçu au titre de mon contrat sur les douze derniers mois, tous producteurs confondus ? Un cabinet aux honoraires exclusifs répond « zéro » sans hésiter. Les autres devraient pouvoir chiffrer.

Les six questions à poser lors du premier rendez-vous complètent cette liste.

Questions fréquentes

Rétrocommission et rétrocession, est-ce la même chose ?
Oui. « Rétrocession » est le terme employé par les professionnels et les textes, « rétrocommission » celui du langage courant. Les directives européennes parlent d'« avantages » ou d'inducements.
Mon conseiller est-il obligé de me dire combien il touche ?
Oui. L'information sur les coûts et frais, rémunération du distributeur comprise, est due avant la souscription, puis de façon périodique. Elle peut être donnée en pourcentage, mais vous êtes fondé à demander un montant en euros.
Est-ce illégal de percevoir des rétrocommissions ?
Non, c'est encadré, pas interdit. Ce qui est interdit, c'est de les conserver tout en se déclarant « indépendant » au sens de MIF II sur son activité de conseil financier.
Un cabinet « indépendant » peut-il quand même en percevoir ?
Oui, si « indépendant » désigne son capital — ne dépendre d'aucun groupe bancaire. C'est le malentendu le plus fréquent du secteur : les deux sens du mot.
Un conseiller aux honoraires revient-il moins cher ?
Pas systématiquement. En dessous d'environ 100 000 € de patrimoine confié, un forfait d'honoraires coûte souvent plus cher que les rétrocessions correspondantes. Le calcul du point de bascule figure dans le guide sur les prix et honoraires.
Comment trouver un conseiller qui n’en perçoit pas ?
L'annuaire signale les cabinets déclarant le conseil indépendant au sens de MIF II : voir la liste. Cette mention est déclarative — elle repose sur une déclaration du cabinet, pas sur un registre public.

Sources

Cet article est une information générale sur un cadre réglementaire et sur des pratiques de marché. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni un conseil juridique ou fiscal. Les montants cités sont des ordres de grandeur : seuls les documents remis par votre interlocuteur font foi sur ce qu'il facture.