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Le document d'entrée en relation : le papier qui dit tout, que personne ne lit

Avant même de vous conseiller, un cabinet doit vous remettre une ou deux pages qui disent qui il est, à qui il est lié et comment il gagne sa vie. Ce document existe, il est obligatoire, et il répond d'avance à la plupart des questions que vous n'osez pas poser. Voici comment le lire.

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Fondateur et directeur de publication de ZeroRetro

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Ce qu'est le DER, et quand il doit vous être remis

Le document d'entrée en relation — le métier dit « DER » — est le document d'information que tout conseiller en investissements financiers doit remettre à un nouveau client. L'obligation figure à l'article 325-5 du règlement général de l'AMF, sous-section « Entrée en relation avec le client », et découle de l'article L.541-8-1 du Code monétaire et financier, qui impose au CIF de communiquer « en temps utile » des informations sur lui-même, ses services et « la nature juridique et l'étendue des relations entretenues avec les établissements promoteurs de produits ».

Le moment compte autant que le contenu. La doctrine de l'AMF (position-recommandation DOC-2006-23, question 4.1) le précise : le DER est remis lors de l'entrée en relation, avant la signature de la lettre de mission, que cette lettre soit finalement signée ou non. Vous devez donc l'avoir en main avant d'avoir rien accepté.

La plupart des cabinets cumulent plusieurs statuts : CIF pour le conseil financier, intermédiaire en assurance pour l'assurance-vie, parfois intermédiaire en opérations de banque pour le crédit. Chaque statut impose sa propre information précontractuelle (article L.521-2 du Code des assurances, article R.519-20 du Code monétaire et financier). Le DER est donc généralement un document unique, commun aux trois statuts : une même page répond à trois réglementations, et c'est ce qui la rend dense.

Ce qu’il doit contenir, ligne par ligne

Il n'existe pas de modèle officiel : chaque cabinet rédige son DER comme il l'entend, tant que les mentions exigées y sont. Les voici.

LigneCe qu'elle doit direCe que vous en tirez
Identité et numéro ORIASDénomination, adresse, statut de CIF et numéro d'immatriculation au registre unique (RG AMF 325-5, 1°).La clé pour vérifier tout le reste sur le registre public.
Statuts et catégoriesTout autre statut réglementé (325-5, 6°) : courtier ou mandataire en assurance, en opérations de banque, carte de transaction immobilière…Sous quel statut, donc sous quelle règle de rémunération, chaque produit vous sera vendu.
Association professionnelleL'association agréée par l'AMF à laquelle le CIF adhère (325-5, 2° ; adhésion obligatoire, CMF L.541-4).Un CIF sans association n'est pas un CIF.
Liens capitalistiques ou commerciauxLes établissements avec lesquels le cabinet entretient « une relation significative de nature capitalistique ou commerciale » (325-5, 5°). Pour l'assurance, toute participation d'au moins 10 % du capital ou des droits de vote, dans un sens ou dans l'autre (C. ass. R.521-1) ; 10 % ou un tiers du chiffre d'affaires pour le crédit (CMF R.519-20).La ligne la plus importante avec la suivante. Une relation commerciale régulière suffit, sans participation au capital.
Mode de rémunérationPour le CIF : conseil indépendant, non indépendant ou les deux, avec une explication de leur portée « notamment en ce qui concerne sa rémunération » (325-5, 4°). Pour l'assurance : honoraires payés par vous, commission incluse dans la prime, autre avantage, ou combinaison (C. ass. L.521-2, II 2°).C'est ici que se joue la question des rétrocessions : « non indépendant » signifie que le cabinet peut conserver des commissions sur le conseil financier.
Nombre d'assureursLié par une exclusivité (avec qui), travaillant avec un nombre limité d'assureurs (lesquels), ou fondant son analyse sur « un nombre suffisant de contrats » du marché (C. ass. L.521-2, II 1°).Trois situations derrière le même mot « courtier ». Seule la troisième est une comparaison réelle du marché.
Réclamation et médiateurLa procédure de réclamation et le recours à un médiateur, exigés pour l'assurance (C. ass. L.521-2, I) ; le médiateur de l'AMF pour l'activité de CIF.Le chemin à suivre si la relation tourne mal.
Assurance de responsabilité civileLe CIF doit pouvoir justifier à tout moment d'un contrat couvrant sa responsabilité civile professionnelle (CMF L.541-3) ; le DER en nomme couramment l'assureur.Ce qui vous couvre en cas de faute de conseil.
Mentions secondairesDémarchage et mandants (3°), modes de communication (7°), facteurs de durabilité le cas échéant (8°).Leur absence trahit un modèle copié sans être relu.

Le seuil de 10 % ne vaut pas pour le volet CIF

On lit souvent qu'un DER doit déclarer les participations « supérieures à 10 % ». C'est exact pour l'assurance et le crédit, où le seuil est écrit dans les textes. Pour l'activité de CIF, le règlement général ne fixe aucun pourcentage : l'AMF retient « une relation commerciale régulière ou un lien capitalistique susceptible d'affecter son indépendance vis-à-vis du client » (DOC-2006-23, question 4.2), et laisse au cabinet le soin d'identifier les établissements concernés. Une convention de distribution active avec un assureur ou une plateforme relève donc de cette ligne, sans qu'aucune action n'ait changé de main.

Lecture commentée d’un DER type

Le document ci-dessous est un exemple reconstitué : il n'émane d'aucun cabinet réel, mais chacune de ses formulations se rencontre couramment. Les vrais DER font une à trois pages.

Document d'entrée en relation — Cabinet Exemple Patrimoine (nom fictif)

SARL au capital de 10 000 €, immatriculée à l'ORIAS sous le n° 00 000 000 (www.orias.fr) en qualité de : conseiller en investissements financiers (CIF), adhérent de [association professionnelle agréée par l'AMF] ; courtier en assurance (COA) ; courtier en opérations de banque et services de paiement (COBSP). Carte de transaction immobilière sans détention de fonds.

Nature du conseil : le cabinet fournit un conseil en investissement non indépendant au sens de l'article 325-5 du règlement général de l'AMF1. Rémunération : rémunération mixte, honoraires et/ou commissions selon les prestations. Honoraires sur devis. Le cabinet peut percevoir des rémunérations de tiers dans le respect de la réglementation, commissions le cas échéant.

Assurance : le cabinet n'est soumis à aucune obligation contractuelle d'exclusivité et travaille avec des partenaires sélectionnés pour la qualité de leurs contrats. Liens capitalistiques : néant.

Réclamations : à adresser au cabinet, réponse sous deux mois ; médiateur de l'AMF pour l'activité de CIF, médiateur de l'assurance pour les autres activités. Responsabilité civile professionnelle et garantie financière : [assureur].

1 Le conseil non indépendant permet au cabinet de percevoir et conserver des rétrocessions de la part des producteurs.

Sept formulations à relire, dans l'ordre où elles apparaissent :

  1. « CIF, COA, COBSP » sur la même ligne. Un seul document, une signature, trois statuts. La mention « indépendant » ou « non indépendant » qui suit ne concerne que le premier : l'assurance-vie que l'on vous proposera relèvera du deuxième, sous une autre règle — l'angle mort du guide sur les rétrocommissions.
  2. « Conseil non indépendant », renvoyé en note. La phrase la plus importante du document, traitée comme une mention légale. Elle dit que le cabinet conserve les commissions versées par les producteurs sur son conseil financier. Ce n'est ni caché ni interdit ; c'est écrit là où personne ne regarde.
  3. « Rémunération mixte, honoraires et/ou commissions ». La formule couvre tous les cas, donc n'en exclut aucun. Conforme, mais vide : la question à poser est « pour la prestation que vous me proposez, lequel des deux ? ». Un cabinet aux honoraires n'a pas besoin du « et/ou ».
  4. « Honoraires sur devis ». Aucune grille, donc aucune comparaison possible avant le rendez-vous. Ce n'est pas irrégulier, mais un cabinet qui vit de ses honoraires sait les afficher — les ordres de grandeur du marché situent le devis que l'on vous fera.
  5. « Commissions le cas échéant ». C'est-à-dire chaque fois que le produit en prévoit : la quasi-totalité des contrats d'assurance-vie, fonds actifs et SCPI distribués en France. Sur le cas de 300 000 € du guide, de l'ordre de 4 000 € par an après la première année. Trois mots pour un montant qui ne sera jamais facturé.
  6. « Partenaires sélectionnés ». Une manière élégante de décrire la deuxième des trois situations du Code des assurances — un nombre limité d'assureurs — sans la nommer. Le texte exige alors la liste des assureurs concernés : si elle manque, demandez-la.
  7. « Liens capitalistiques : néant ». Probablement vrai, et à côté du sujet : la ligne exigée porte sur les relations « de nature capitalistique ou commerciale ». Un cabinet qui place l'essentiel de ses encours chez deux assureurs et une plateforme a des liens commerciaux significatifs avec eux, actionnaire ou non. « Néant » répond à une question plus étroite que celle qui est posée.

DER absent, tardif ou incomplet : ce que cela dit

Le DER est le document le plus simple à produire de toute la chaîne de conseil : il ne dépend ni de votre situation ni du produit, et se prépare une fois pour tous les clients. Un cabinet qui ne l'a pas, ou qui vous le tend au moment de signer la souscription, vous renseigne sur sa façon de traiter ses obligations les plus élémentaires.

Le défaut de remise du DER, ou sa remise incomplète, figure parmi les griefs classiques des contrôles de l'AMF. Dans une décision du 5 novembre 2025, la Commission des sanctions a relevé qu'un cabinet n'avait remis aucun DER à sept de ses onze clients CIF examinés, et que les trois DER existants n'étaient pas datés, l'un omettant les partenaires significatifs du cabinet, un autre n'étant pas signé. Le manquement aux articles L.541-8-1, 5° du Code monétaire et financier et 325-5 du règlement général a été retenu, parmi d'autres bien plus graves. Ce que ces décisions disent des pratiques du secteur fait l'objet d'un billet distinct.

Trois signaux à retenir

  • Absent : un conseil reçu sans DER préalable. C'est en soi une réponse.
  • Tardif : le DER arrive avec la lettre de mission ou le bulletin de souscription, à signer d'un même geste. Il devait précéder les deux.
  • Incomplet : pas de numéro ORIAS, pas de mention indépendant ou non, pas d'établissements liés, pas de date. Les lignes manquantes sont rarement les moins intéressantes.

DER, lettre de mission, déclaration d’adéquation

Trois documents se succèdent, souvent confondus. Le DER présente le cabinet : identique pour tous les clients, il précède tout engagement. La lettre de mission (RG AMF 325-6) définit ce que le cabinet fera pour vous et à quel prix ; signée par les deux parties, elle précise si le conseil sera indépendant ou non. La déclaration d'adéquation (RG AMF 325-17) justifie par écrit chaque recommandation au regard de votre situation ; elle vient en dernier.

Avec le document d'informations clés de chaque produit, ce sont les quatre pièces à réclamer, déjà listées dans le guide sur les rétrocommissions. Le DER est la seule des quatre que vous pouvez obtenir avant d'avoir rencontré qui que ce soit.

Ce que le DER ne dit pas

Il faut ici nuancer. Un DER de trois pages, qui nomme huit assureurs et deux plateformes, annonce un conseil non indépendant et donne les fourchettes de commissions par famille de produits, est un document honnête : il décrit un modèle que ce site ne recommande pas, mais il le décrit. Un DER d'une page qui coche « honoraires », déclare « liens : néant » et ne nomme personne peut décrire un cabinet exemplaire, comme un cabinet qui n'a pas relu son modèle. La densité d'un DER dit quelque chose de la culture de conformité du cabinet ; sa brièveté ne prouve rien.

Surtout, le DER dit ce que le cabinet déclare, pas ce qu'il fait. Il ne contient aucun montant : ni les commissions perçues sur votre contrat, ni le total des frais que vous supportez. Ces chiffres relèvent de l'information sur les coûts et frais avant la souscription, puis du relevé annuel. Le DER donne le cadre ; les euros viennent plus tard, et il faut les demander. Enfin, un cabinet peut se déclarer indépendant au sens de MIF II comme CIF et percevoir des commissions d'assurance-vie comme courtier sans que le DER soit inexact — c'est la limite du mot « indépendant », et elle s'applique au DER comme au reste.

Que faire du DER

  • Le demander avant le premier rendez-vous. Un courriel d'une ligne suffit, et la réaction — envoi immédiat, étonnement, promesse de le remettre « sur place » — est déjà une information. Le document n'engage à rien.
  • Le comparer à la fiche ORIAS. Numéro, statuts, catégories d'intermédiaire : tout doit concorder. Un statut présent sur le DER et absent du registre, ou l'inverse, se repère en deux minutes — la méthode.
  • Le comparer à la fiche du cabinet dans l'annuaire, s'il y figure. Les cabinets référencés déclarent une rémunération exclusivement par honoraires ; leur DER doit le dire dans les mêmes termes, pour le volet CIF comme pour le volet assurance. Une divergence mérite d'être signalée, au cabinet d'abord, puis via la page À propos.
  • Surligner trois lignes : indépendant ou non, nature de la rémunération, établissements liés. Puis poser, sur chacune, la question que la formulation évite. Les questions à poser à un conseiller partent de là.

Questions fréquentes

Le DER doit-il être signé ?
Les textes imposent la remise, pas la signature. En pratique, la plupart des cabinets font signer un exemplaire pour prouver qu'ils ont rempli leur obligation, et l'AMF relève l'absence de date ou de signature comme un indice que l'information n'a pas été donnée en temps utile. Signer le DER ne vous engage à rien : il ne s'agit pas d'un contrat.
Est-il normal qu’un seul document couvre le CIF, l’assurance et le crédit ?
Oui, c'est le cas le plus fréquent, et rien ne l'interdit. Il faut simplement lire chaque mention en se demandant à quel statut elle se rattache : la mention « indépendant » ou « non indépendant » ne vaut que pour le conseil financier, pas pour l'assurance-vie.
Le DER indique-t-il combien le cabinet touche de rétrocommissions ?
Non. Il indique le mode de rémunération, pas les montants. Les chiffres figurent dans l'information sur les coûts et frais remise avant la souscription, puis dans le relevé annuel des frais.
Que faire si le cabinet ne me l’a jamais remis ?
Le demander par écrit. S'il ne vient pas, ou s'il arrive antidaté, vous pouvez adresser une réclamation au cabinet avec copie à son association professionnelle, puis saisir le médiateur de l'AMF en l'absence de réponse satisfaisante sous deux mois. Et vous pouvez, plus simplement, changer de cabinet.
Un cabinet peut-il être à la fois indépendant et non indépendant ?
Une entité peut fournir les deux types de conseil, à condition que ce ne soit pas par la même personne physique et que les deux activités soient clairement séparées. Le DER doit alors le dire, et le cabinet ne peut pas se présenter comme « conseiller indépendant » pour l'ensemble de son activité. La lettre de mission tranche ensuite, pour vous, lequel des deux s'applique.

Sources

Cet article est une information générale sur un cadre réglementaire et sur des pratiques de marché. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni un conseil juridique ou fiscal. Les montants cités sont des ordres de grandeur : seuls les documents remis par votre interlocuteur font foi sur ce qu'il facture.