Déclaration d’adéquation : le document qui justifie par écrit le conseil de votre conseiller financier
La déclaration d’adéquation est le document écrit dans lequel votre conseiller explique pourquoi sa recommandation vous convient. Elle est obligatoire pour un conseiller en investissements financiers : le Code monétaire et financier l’impose, à l’article L. 541-8-1. L’article 325-17 du règlement général de l’AMF en fixe le contenu. Ce billet vous aide à la lire, et à repérer celle qui ne dit rien.
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Ce qu’est la déclaration d’adéquation
Beaucoup de conseillers en gestion de patrimoine exercent sous le statut de conseiller en investissements financiers, ou CIF. Ce statut est contrôlé par l’AMF, l’Autorité des marchés financiers.
Le mot adéquation veut dire ici une chose simple : le placement conseillé correspond à votre situation. La loi demande au CIF de vérifier ce point avant de conseiller. Elle lui demande aussi de l’écrire. Ce texte s’appelle la déclaration d’adéquation. Le règlement de l’AMF parle aussi de « rapport » pour les mises à jour qui suivent.
Elle arrive en fin de parcours. L’ordre est le suivant :
- Le document d’entrée en relation présente le cabinet.
- La lettre de mission fixe la mission et le prix. Vous la signez.
- Le conseiller vous pose des questions sur votre situation.
- Il vous fait une recommandation. La déclaration d’adéquation la justifie par écrit.
Cette obligation vise le conseil en placements. Si le cabinet agit seulement comme courtier pour un contrat d’assurance-vie, ce sont les règles du Code des assurances qui s’appliquent.
D’abord, les questions sur vous
Une déclaration d’adéquation ne vaut que par ce qui la précède. Avant tout conseil, le CIF doit recueillir des informations sur vous. C’est le 4° de l’article L. 541-8-1. La doctrine de l’AMF les classe en trois blocs :
- vos objectifs : ce que vous voulez faire de l’argent, votre tolérance au risque, et vos éventuelles préférences en matière de durabilité, c’est-à-dire d’impact environnemental ou social ;
- votre situation financière, y compris les pertes que vous pouvez supporter ;
- vos connaissances et votre expérience des placements.
Si vous ne donnez pas ces informations, la loi est claire. Le conseiller doit s’abstenir de vous recommander les placements concernés. L’AMF ajoute qu’un CIF ne peut pas présumer de vos connaissances. Il ne peut pas non plus supposer que vous acceptez tous les risques.
Le conseiller doit aussi vous dire pourquoi il pose ces questions : pour agir au mieux de vos intérêts. C’est l’article 325-7 du règlement de l’AMF. Le même article précise un point utile. Si un logiciel produit la recommandation, la responsabilité reste celle du conseiller.
Tous les questionnaires ne se valent pas. En 2018, l’AMF a publié le bilan de cinq contrôles sur ce sujet. Elle y décrit plusieurs mauvaises pratiques. Par exemple, le client évalue seul ses connaissances. Ou bien les réponses proposées vont de « faible » à « bonne », sans case « aucune connaissance ». Notre guide pour préparer un premier rendez-vous avec un conseiller vous aide à rassembler vos réponses à l’avance.
Ce que la déclaration doit expliquer
L’article 325-17 demande que la déclaration explique « pourquoi la recommandation formulée est adaptée au client ». Il cite ensuite ce qu’elle doit relier à votre situation. Le mot « notamment » en fait un minimum.
| La recommandation doit correspondre à… | La question à vous poser |
|---|---|
| Vos objectifs d’investissement | Mon objectif est-il écrit avec mes mots, ou en formule type ? |
| La durée pendant laquelle vous pouvez placer | La durée conseillée tient-elle compte de mes projets ? |
| Vos connaissances et votre expérience | Le texte explique-t-il le produit à mon niveau ? |
| Votre attitude face au risque | La perte possible est-elle décrite clairement ? |
| Votre capacité à supporter des pertes | Ai-je de quoi faire face si ce placement baisse ? |
| Vos préférences en matière de durabilité | Mes préférences, si j’en ai, sont-elles reprises ? |
Source : règlement général de l’AMF, article 325-17, I.
La déclaration doit encore dire une chose. Le placement conseillé peut demander un réexamen régulier. Si c’est le cas, le conseiller doit le signaler et attirer votre attention sur ce point.
Les frais ne figurent pas dans cette liste. Ils comptent pourtant. L’article 325-8 du règlement oblige le CIF à se demander si des produits équivalents, moins chers, pourraient vous convenir. L’AMF le précise dans sa doctrine. Pour un fonds géré activement, le CIF compare ses frais à sa performance face à son indice de référence. Pour un fonds indiciel, il compare ses frais à ceux de fonds comparables.
Trois questions à poser en recevant la déclaration
- « Pourquoi ce produit plutôt qu’un équivalent moins cher ? »
- « Combien pourrais-je perdre, dans un scénario défavorable ? »
- « Ce placement demande-t-il un suivi, et qui le fera ? »
Le suivi : une fois par an, si c’est prévu
Certains cabinets proposent un suivi. Ils vérifient alors, à intervalles réguliers, que vos placements vous conviennent toujours. Dans ce cas, l’article 325-17 fixe un rythme minimum : au moins une fois par an.
Ce rythme augmente avec le risque. Un profil plus risqué, ou des produits plus complexes, demandent des examens plus fréquents. Les rapports suivants peuvent se limiter aux changements : vos placements, ou votre situation.
Ce suivi n’est pas automatique. Il doit être prévu dans la lettre de mission. Si elle ne le mentionne pas, ne le supposez pas. Et vérifiez ce que vous payez pour lui sur le relevé annuel des frais.
Les signaux d’alerte
L’AMF sanctionne l’absence de déclaration d’adéquation. En novembre 2025, sa commission des sanctions a examiné un cabinet de CIF. Il n’avait remis aucune déclaration à dix de ses onze clients.
La seule déclaration du dossier avait été rédigée après le conseil. Le client ne l’avait pas signée. La commission l’a jugée irrégulière. Ses chiffres de frais étaient en outre contradictoires. La commission rappelle à quoi sert ce document : s’assurer que la recommandation est « adaptée au profil » du client.
Méfiez-vous si :
- on vous fait souscrire sans aucune explication écrite ;
- la déclaration arrive des semaines après la souscription ;
- le texte est le même pour tous les clients, sans rien sur votre situation ;
- votre profil change sans que vous ayez répondu à de nouvelles questions ;
- le risque de perte n’est pas écrit ;
- les frais annoncés ne concordent pas avec ceux de la lettre de mission.
Si vous n’avez rien reçu, demandez le document par écrit. En cas de refus, une réclamation écrite puis le médiateur sont possibles. Notre billet sur les litiges avec un conseiller financier détaille la marche à suivre.
Ce que la déclaration ne garantit pas
Une déclaration bien rédigée est un bon signe. Elle ne garantit pas que le placement rapportera. Elle ne prouve pas non plus que le conseil est bon. C’est le conseiller lui-même qui l’écrit, pour justifier son choix.
L’obligation ne dépend pas du mode de rémunération. Un conseiller payé par commissions doit la remettre. Un conseiller payé en honoraires aussi. Ce site préfère les seconds, mais des honoraires ne rendent pas une recommandation adaptée par eux-mêmes.
Ce travail écrit a enfin un coût. Recueillir vos informations, comparer les produits et rédiger prend du temps. Vous le payez, soit en honoraires, soit dans les frais des produits. Un document long n’est pas forcément meilleur : cherchez surtout votre situation dans le texte.
Chercher un conseiller payé par ses clients
L’annuaire ZeroRetro liste des cabinets qui se disent payés uniquement par leurs clients. Un cabinet « attesté » a signé une attestation écrite : il ne garde aucune commission. ZeroRetro n’est pas un conseiller et ne relit pas les déclarations d’adéquation. Demandez à chaque cabinet un exemple anonymisé, et comparez.
Questions fréquentes
- La déclaration d’adéquation est-elle obligatoire ?
- Oui, pour un conseiller en investissements financiers. Le 9° de l’article L. 541-8-1 du Code monétaire et financier impose de formaliser le conseil dans une déclaration d’adéquation écrite. L’article 325-17 du règlement général de l’AMF en précise le contenu.
- Quelle différence avec la lettre de mission ?
- La lettre de mission est le contrat : elle fixe la mission et le prix, avant le conseil. La déclaration d’adéquation vient après : elle explique pourquoi la recommandation faite vous convient.
- La déclaration d’adéquation doit-elle être signée ?
- La loi parle d’une déclaration écrite. En novembre 2025, la commission des sanctions de l’AMF a jugé irrégulière une déclaration rédigée après le conseil et non signée par le client.
- Que faire si je ne réponds pas au questionnaire ?
- Le conseiller doit alors s’abstenir de vous recommander les placements concernés. C’est ce que prévoit le 4° de l’article L. 541-8-1 du Code monétaire et financier.
À lire aussi : les sept points à vérifier dans une lettre de mission, et comment lire le document d’entrée en relation.
Sources
- Code monétaire et financier, article L. 541-8-1 — informations à recueillir avant tout conseil, abstention si le client ne les fournit pas (4°) ; conseil formalisé dans une déclaration d’adéquation écrite (9°) ; version en vigueur depuis le 3 janvier 2018 ; consulté le 2 novembre 2026
- Règlement général de l’AMF, article 325-17, version en vigueur depuis le 1er janvier 2023 (fiche AMF, PDF) — contenu de la déclaration : objectifs, durée, connaissances, expérience, attitude face au risque, capacité à supporter des pertes, durabilité ; réexamen périodique à signaler (I) ; évaluation au moins annuelle en cas de suivi, plus fréquente selon le risque (II) ; consulté le 2 novembre 2026
- Règlement général de l’AMF, article 325-7, version en vigueur depuis le 8 juin 2018 (fiche AMF, PDF) — le client est informé que l’évaluation vise à agir au mieux de ses intérêts ; responsabilité du CIF inchangée en cas d’outil automatisé ; consulté le 2 novembre 2026
- AMF, position-recommandation DOC-2006-23, questions-réponses sur le régime des CIF, modifiée le 27 juillet 2026 (PDF) — informations à recueillir et interdiction de présumer les connaissances du client (4.8) ; comparaison des frais des fonds actifs et indiciels au titre du VIII de l’article 325-8 (4.11 et 4.12) ; consulté le 2 novembre 2026
- AMF, Commission des sanctions, décision SAN-2025-10 du 5 novembre 2025 (PDF) — points 148 à 151 : pas de déclaration d’adéquation pour 10 clients sur 11, la seule établie après le conseil et non signée par le client, frais contradictoires ; point 248 : rôle du document ; consulté le 2 novembre 2026
- AMF, synthèse de cinq contrôles sur la connaissance et l’expérience des clients, 18 octobre 2018 — mauvaises pratiques : auto-évaluation des connaissances par le client, absence de réponse « aucune connaissance », profil choisi par le client ; consulté le 2 novembre 2026
Cet article est une information générale sur un cadre réglementaire et sur des pratiques de marché. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni un conseil juridique ou fiscal. Les montants cités sont des ordres de grandeur : seuls les documents remis par votre interlocuteur font foi sur ce qu'il facture.