Pourquoi votre conseiller ne vous propose jamais d'ETF
Vous avez lu que les fonds indiciels cotés coûtent quatre fois moins cher que les fonds classiques, vous avez posé la question à votre conseiller, et la réponse a été évasive. Ce billet ne plaide pas pour les ETF : il explique pourquoi on ne vous les propose pas, ce que valent les arguments que l'on vous oppose, et dans quels cas ils sont fondés.
Le mécanisme, en une ligne et un tableau
Le guide sur les rétrocommissions le résume déjà : sur 300 000 €, un fonds indiciel à 0,20 % ne reverse rien au cabinet, un fonds actif à 1,80 % lui reverse de l'ordre de 2 700 € par an — le conflit d'intérêts, concrètement. La raison tient à l'épaisseur des frais. En 2025, les ETF d'actions affichaient des frais annuels moyens de 0,33 %, et les fonds d'actions gérés activement de 1,32 % hors commissions de surperformance (AMF, Lettre de l'observatoire de l'épargne, avril 2026). À 0,33 %, il n'y a rien à partager : le producteur couvre à peine ses coûts de réplication et de cotation. À 1,32 %, une fraction est couramment reversée à celui qui a placé le fonds — de l'ordre de 40 à 50 % selon les parts et les contrats.
Voici ce que cela donne sur 100 000 € détenus en unités de compte, pour trois supports exposés à la même classe d'actifs. Les taux sont des moyennes publiées, la part reversée un ordre de grandeur.
| Support | Frais courants | Payés par vous, par an | Reversés au distributeur |
|---|---|---|---|
| ETF d'actions (moyenne AMF 2025) | 0,33 % | 330 € | 0 € |
| Fonds d'actions actif (moyenne AMF 2025) | 1,32 % | 1 320 € | de l'ordre de 550 à 650 € |
| Fonds d'actions actif, part « patrimoniale » en assurance-vie | environ 2 % | environ 2 000 € | de l'ordre de 800 à 1 000 € |
La troisième ligne mérite un mot. Les parts de fonds référencées dans les contrats d'assurance-vie sont le plus souvent des parts dites « patrimoniales », plus chargées que celles vendues aux institutionnels : autour de 2 % de frais courants pour les fonds d'actions, contre 0,16 % à 0,37 % pour les supports indiciels du même benchmark (Good Value for Money, 2022). L'écart entre une part classique et sa version « clean share », sans rétrocession, est de l'ordre d'un point : c'est la rémunération du circuit de distribution, assureur et cabinet confondus.
Rien de tout cela n'est caché ni interdit. La directive MIF II autorise ces versements à un conseiller non indépendant s'ils améliorent la qualité du service et sont déclarés au client, et les interdit à celui qui se déclare indépendant (article 24, paragraphes 7 et 9). Ce que la réglementation ne fait pas, c'est supprimer l'asymétrie : entre deux supports comparables, l'un rémunère celui qui vous conseille, l'autre non.
Les trois objections classiques, et ce qu’elles valent
Quand un client demande des ETF, il entend en général l'une des trois réponses suivantes. Chacune contient une part de vrai, et une part qui protège un revenu.
« La gestion passive est dangereuse en cas de krach. » La part de vrai : un ETF réplique son indice, à la hausse comme à la baisse, sans poche de liquidités ni gérant pour alléger. La part de vrai s'arrête là. Les gérants actifs peuvent amortir une baisse ; en moyenne, ils ne le font pas. Sur 2022, seule année de repli marqué de la dernière décennie, les fonds d'actions actifs européens ont perdu 10,1 % nets de frais, contre 6,9 % pour les fonds indiciels non cotés et 4,6 % pour les ETF (ESMA, mars 2026). L'argument est réel pour un gérant donné ; il est faux comme règle générale, et il est rarement accompagné d'une comparaison chiffrée.
« Un ETF, ce n'est pas accompagné. » La part de vrai : un ETF n'a pas de gérant qui écrit une lettre mensuelle, ne « fait » rien, et ne dispense pas du travail d'allocation, de rééquilibrage et de vérification de l'adéquation. Mais ce travail est celui du conseiller, pas du support. La confusion est commode : dans le modèle aux rétrocessions, le « suivi » est payé par les frais du fonds actif. Retirer le fonds actif, c'est retirer la source de revenu qui finance le suivi — et il faudrait alors le facturer, ce que le guide sur les honoraires chiffre. L'objection décrit donc un problème vrai, mais du côté du conseiller.
« Ce n'est pas disponible dans votre contrat. » C'est souvent littéralement exact : la liste des supports d'un contrat d'assurance-vie est fixée par l'assureur, et le conseiller ne peut pas y ajouter une ligne. Mais le contrat, lui, a été choisi par ce même conseiller, parmi des dizaines, alors qu'il en existe qui référencent des dizaines d'ETF. La bonne question n'est pas « pourquoi cet ETF est-il absent ? » mais « pourquoi m'avez-vous proposé ce contrat-là ? ». La section suivante répond à la première question, ce qui éclaire la seconde.
Pourquoi votre contrat n’en référence aucun, ou presque
Les contrats distribués en ligne référencent couramment plusieurs dizaines d'ETF ; les contrats des réseaux bancaires et d'assurance en proposent peu, parfois aucun. Aucune étude publique ne recense le nombre d'ETF par contrat, et nous en restons donc à ce constat qualitatif, vérifiable en ouvrant la liste des supports de votre propre contrat. La raison, elle, est économique et se lit dans le circuit des frais.
Sur une unité de compte, deux couches de frais s'empilent : les frais de gestion du contrat, prélevés par l'assureur (en moyenne 0,60 % sur les contrats en ligne, 0,90 % sur les contrats de réseau), et les frais courants du support, prélevés par la société de gestion. Sur la seconde couche, la société de gestion reverse une rétrocession à l'assureur, qui la partage avec le distributeur. Un fonds actif à 2 % alimente ce partage ; un ETF à 0,33 % ne l'alimente pas. Référencer des ETF, pour un assureur de réseau, c'est donc réduire l'assiette sur laquelle lui et son réseau se rémunèrent, sans contrepartie. Les acteurs en ligne, qui vivent des seuls frais du contrat et se disputent des clients qui comparent, ont fait le calcul inverse.
Le marché a déjà tranché, ailleurs
Fin 2024, les fonds indiciels et ETF représentaient 41 % des encours des fonds d'actions européens, et les fonds d'actions actifs étaient la seule catégorie en décollecte nette (ESMA, mars 2026). L'offre existe et elle est massive. Si votre contrat n'y donne pas accès, ce n'est pas une question de disponibilité.
Le détail des couches de frais d'un contrat, versement compris, fait l'objet d'un billet à part : ce que vous payez vraiment en assurance-vie.
Et les ETF « maison » ?
L'argument « un ETF ne reverse rien » a une limite qu'il faut nommer. Les grands groupes bancaires français ont leurs propres gammes indicielles : Amundi, filiale de Crédit Agricole, est le premier émetteur d'ETF français depuis le rachat de Lyxor à Société Générale ; BNP Paribas distribue la gamme BNP Paribas Easy. Quand le conseiller d'une agence vous propose l'ETF du groupe, il n'y a pas de rétrocession au sens strict, mais la marge du produit — même mince — reste dans la maison. Le conflit d'intérêts ne disparaît pas ; il change d'échelle et de forme.
Cette préférence pour les produits du groupe se voit ailleurs dans la tarification. L'AMF relève qu'en compte-titres, la plupart des banques de réseau facturent une commission de souscription sur les fonds externes — 0,58 % en moyenne pour un ordre de 5 000 € — et des droits de garde, dont les fonds « maison » sont exemptés (AMF, avril 2026). La règle est la même pour un ETF : celui du groupe est gratuit à détenir, celui du concurrent ne l'est pas.
Faut-il refuser un ETF maison pour autant ? Non, et c'est là que la nuance compte. Entre un ETF de groupe à 0,20 % et un fonds actif de ce même groupe à 1,80 %, l'écart pour vous reste de 1 600 € par an sur 100 000 €. L'intérêt du distributeur à vous orienter vers son propre ETF plutôt que vers celui d'un concurrent existe, mais il se joue sur quelques centièmes de point. Le sujet de ce billet, c'est l'autre écart.
Ce que recommandent les conseillers aux honoraires
Un conseiller payé par ses seuls clients n'a rien à perdre à recommander le support le moins cher, et il le fait en pratique : les portefeuilles construits par les cabinets aux honoraires sont très majoritairement indiciels sur les grandes classes d'actifs cotés. Ce n'est pas une conviction militante, c'est une lecture des données. Sur dix ans à fin 2024, les fonds d'actions actifs européens ont rapporté 7,6 % par an nets de frais, les fonds indiciels 9,3 % et les ETF 9,3 % (ESMA, mars 2026). Sur la seule année 2025, 71 % des fonds actions internationales en euros ont fait moins bien que le S&P World, et 82 % des fonds actions Europe moins bien que le S&P Europe 350 (SPIVA Europe, mars 2026).
Voici pourtant le passage que le lecteur convaincu par les ETF devrait lire deux fois. Il y a des cas où un fonds actif se justifie, et un conseiller aux honoraires sérieux les connaît :
- Le fonds en euros, qui n'a pas d'équivalent indiciel : garantie en capital, effet cliquet, réserves de l'assureur. Pour la part sans risque d'un patrimoine, la question de l'ETF ne se pose pas.
- Les fonds obligataires à échéance, qui portent un panier de titres jusqu'à une date fixée : un ETF obligataire classique, à duration constante, ne rend pas le même service.
- Le non coté et la dette privée, par construction inaccessibles à un fonds indiciel.
- Certains segments étroits — petites capitalisations, marchés émergents peu liquides — où l'indice lui-même est discutable. L'argument est plus solide en théorie qu'en pratique : en 2025, 97 % des fonds de petites capitalisations britanniques ont fait moins bien que leur indice (SPIVA Europe). Il reste recevable pour un gérant précis, avec un historique long, et jamais comme règle.
- Une contrainte ESG précise — exclusions sectorielles fines, engagement actionnarial — qu'un indice générique ne traduit pas.
Et la nuance la plus importante n'est pas dans cette liste. Le choix entre support actif et support indiciel pèse quelques dixièmes de point par an ; la répartition entre actions, obligations, immobilier et fonds en euros, et votre capacité à ne pas vendre au pire moment, pèsent des points entiers. Un conseiller qui vous fait tenir une allocation raisonnable pendant vingt ans avec des fonds actifs vous rend un meilleur service qu'un portefeuille d'ETF parfait que vous liquidez au premier krach. Le support est la question secondaire ; c'est aussi celle sur laquelle le conflit d'intérêts est le plus lisible, et c'est pourquoi elle sert de test.
La question à poser à votre conseiller
Ne demandez pas « pourquoi pas d'ETF ? » : vous obtiendrez l'une des trois réponses ci-dessus. Posez une question dont la réponse est un chiffre :
La formulation
« Si je remplaçais les fonds d'actions de mon contrat par des ETF exposés aux mêmes marchés, de combien baisserait, en euros par an, la rémunération que vous ou votre cabinet percevez sur mon contrat ? Et si la réponse est zéro, quel contrat me proposeriez-vous ? »
Un cabinet aux honoraires répond « rien » et enchaîne sur les cas où il déconseille malgré tout l'indiciel. Un cabinet aux rétrocessions doit pouvoir chiffrer : le tableau de frais de votre contrat comporte une ligne « rétrocessions », et l'information sur les coûts qui vous est due chaque année aussi.
Cette question complète la liste des dix questions à poser avant de confier votre argent. Et pour mesurer l'écart sur votre propre contrat plutôt que sur les 100 000 € du tableau ci-dessus, le calculateur compare le coût total de votre allocation actuelle avec une solution indicielle à frais réduits, sur la durée que vous choisissez.
Questions fréquentes
- Un conseiller peut-il toucher une rétrocession sur un ETF ?
- En règle générale non : à 0,33 % de frais moyens, il n'y a pas de marge à partager, et les émetteurs d'ETF ne rémunèrent pas la distribution. La limite est l'ETF « maison » d'un groupe bancaire, dont la marge reste dans le groupe sans être une rétrocession au sens strict.
- Mon conseiller dit que les ETF ne sont pas éligibles à mon contrat. Est-ce vrai ?
- Probablement, pour ce contrat : la liste des supports est fixée par l'assureur. Mais d'autres contrats en référencent des dizaines. La question à poser porte sur le choix du contrat, pas sur celui du support.
- Les ETF sont-ils vraiment plus risqués en cas de krach ?
- Ils suivent leur indice à la baisse sans amortisseur. Mais les fonds actifs, en moyenne, n'amortissent pas davantage : sur 2022, les fonds d'actions actifs européens ont perdu plus que les fonds indiciels et les ETF (ESMA). Le risque d'un portefeuille dépend de son allocation, pas de la nature active ou passive de ses supports.
- Un conseiller aux honoraires ne propose-t-il que des ETF ?
- Non. Il n'a aucun intérêt à éviter l'indiciel, et l'utilise largement sur les grands marchés cotés, mais le fonds en euros, les fonds obligataires à échéance, le non coté ou certaines contraintes ESG n'ont pas d'équivalent indiciel.
- Faut-il tout arbitrer vers des ETF ?
- Ce billet ne le dit pas. L'allocation et le comportement pèsent plus que le support. Commencez par chiffrer l'écart sur votre propre contrat avec le calculateur, puis posez la question ci-dessus à votre conseiller.
Sources
- AMF, Lettre de l'observatoire de l'épargne n°65, avril 2026 — frais moyens 2025 des ETF d’actions (0,33 %) et des fonds d’actions actifs (1,32 %) ; tarification des fonds « maison » et externes dans les banques de réseau
- ESMA, Costs and Performance of EU Retail Investment Products 2025, 3 mars 2026 — tableau MR-CP.14 : frais et performances nettes des fonds actifs, indiciels et ETF sur 1 et 10 ans ; part des fonds passifs dans les encours actions
- S&P Dow Jones Indices, SPIVA Europe Year-End 2025, 19 mars 2026 — part des fonds actifs européens ayant fait moins bien que leur indice en 2025, par catégorie
- Directive 2014/65/UE (MIF II), article 24, paragraphes 7 et 9 — interdiction de conserver des avantages de tiers en conseil indépendant ; conditions de leur perception dans les autres cas
- Good Value for Money, Benchmark 2022 des frais facturés au sein des unités de compte — frais courants moyens des parts « patrimoniales » et des parts indicielles référencées en assurance-vie
- Good Value for Money, analyse 2021 des frais des UC, relayée par MoneyVox — écart entre parts classiques (2,01 %) et parts « clean share » sans rétrocession (1,06 %) pour les UC actions
Cet article est une information générale sur un cadre réglementaire et sur des pratiques de marché. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni un conseil juridique ou fiscal. Les montants cités sont des ordres de grandeur : seuls les documents remis par votre interlocuteur font foi sur ce qu'il facture.