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Conseillers financiers rémunérés par leurs clients

ZeroRetro

Rapport AMF 2025 : seuls 395 conseillers financiers se disent exclusivement indépendants

Seuls 395 conseillers en investissements financiers se disent exclusivement indépendants, selon les chiffres clés 2025 publiés par l'AMF le 12 octobre 2026. C'est 6 % des cabinets qui ont répondu, contre 7 % un an plus tôt. L'AMF, l'Autorité des marchés financiers, surveille les placements et ceux qui les conseillent. Ses chiffres reposent sur ce que les cabinets déclarent : voici ce qu'ils montrent, et ce qu'ils ne disent pas.

Écrit par

Directeur de publication ZeroRetro

Publié le

Ce que l’AMF a compté

Un conseiller en investissements financiers, ou CIF, est un professionnel autorisé à vous recommander des placements. Pour exercer, il doit être inscrit à l'ORIAS, le registre officiel des intermédiaires en assurance, banque et finance. Fin 2025, ce registre comptait 7 694 CIF.

Chaque année, chaque cabinet remplit une fiche sur son activité. Son association professionnelle la transmet à l'AMF. Cette fois, l'AMF a reçu 6 713 fiches, soit 92 % des inscrits.

Ces fiches sont déclaratives : le cabinet dit lui-même ce qu'il fait. L'AMF en vérifie la cohérence, pas chaque réponse. Une fiche décrit aussi un cabinet entier, pas un conseiller. Un cabinet de vingt personnes compte pour un.

Indépendant ou non : trois ans de chiffres

Avant de vous conseiller, un CIF doit vous dire si son conseil est « indépendant » ou non. Le mot a ici un sens précis. Il vient de MIF II, la directive européenne qui encadre le conseil en placements financiers.

Un conseiller indépendant doit comparer un large choix de produits. Surtout, il ne peut garder aucune rétrocession. Une rétrocession, ou rétrocommission, est la part des frais d'un placement que son fabricant reverse au conseiller qui l'a vendu. Le conseiller indépendant est donc payé par ses clients, en honoraires.

Conseil déclaré202320242025
Exclusivement non indépendant4 806 (81 %)5 143 (81 %)5 614 (84 %)
Exclusivement indépendant450 (8 %)458 (7 %)395 (6 %)
Les deux selon les clients (« mixte »)696 (12 %)734 (12 %)680 (10 %)
Cabinets ayant répondu5 9526 3356 689

Source : AMF, chiffres clés 2025 (page 10) et 2024 pour l'année 2023. Les parts de 2023 sont calculées par nous, sauf la première, publiée par l'AMF.

Le nombre de cabinets exclusivement indépendants baisse : 395, contre 458 un an plus tôt. Dans le même temps, la part des cabinets non indépendants monte à 84 %.

Le rapport parle d'un recul « pour la deuxième année consécutive ». Les chiffres de l'AMF ne le montrent pas. L'année précédente, ce nombre avait légèrement augmenté, de 450 à 458. La baisse ne date donc que de 2025.

Les cabinets « mixtes » fournissent les deux types de conseil. Ils n'ont pas le droit de se présenter comme indépendants pour toute leur activité (article 325-5 du règlement général de l'AMF). Ils doivent expliquer au client la différence entre les deux.

D’où viennent les revenus des cabinets

L'AMF range les CIF en deux familles. Les « CGP », pour conseillers en gestion de patrimoine, conseillent surtout des particuliers : ils forment 95 % des cabinets. Les « institutionnels » conseillent des caisses de retraite, des assureurs ou des sociétés de gestion.

Chez les CGP, 91 % des revenus viennent de rétrocessions, selon la répartition publiée par l'AMF. Les honoraires, payés directement par le client, n'en représentent que 9 %.

Source des revenusCGP 2024CGP 2025Institutionnels 2025
Rétrocessions sur les droits d'entrée et de sortie60 %65 %29 %
Rétrocessions sur les frais de gestion28 %26 %12 %
Honoraires payés par le client12 %9 %59 %

Source : AMF, chiffres clés 2025, pages 18 à 20.

Les droits d'entrée et de sortie sont prélevés quand vous placez ou retirez votre argent. Les frais de gestion sont prélevés chaque année sur votre épargne. Dans les deux cas, une partie revient au cabinet.

Ce sont des parts de revenus, pas des nombres de cabinets. On ne peut pas en déduire combien de cabinets sont payés par les produits qu'ils conseillent.

L'AMF publie aussi des taux moyens. Les CGP déclarent percevoir en moyenne 2,6 % du montant conseillé, en rétrocessions sur les droits d'entrée et de sortie. S'y ajoute 0,5 % par an de l'encours qui leur rapporte des rétrocessions. L'encours, c'est l'épargne placée et restée investie.

Concrètement, 10 000 € conseillés rapportent ainsi 260 € au cabinet. Si toute la somme lui rapporte ensuite des rétrocessions, s'y ajoutent 50 € par an.

Ce que mesurent ces taux

Ils mesurent ce que touche le cabinet, pas ce que vous payez. Vos frais totaux sont plus élevés : le fabricant du produit en garde une partie. Ce sont aussi des déclarations, que l'AMF demande de prendre « avec précaution ». Le rapport ne dit pas comment la moyenne est calculée.

« Indépendant » ne veut pas dire « sans commission »

Le mot « indépendant » de ce rapport ne couvre pas tout. La directive MIF II ne vise que les placements financiers : actions, obligations, fonds. L'assurance-vie relève d'une autre directive, sur la distribution d'assurances. Celle-ci n'interdit pas les commissions.

Or la plupart des CIF vendent aussi de l'assurance. Selon le même rapport, 92 % d'entre eux sont inscrits comme intermédiaires en assurance. Un cabinet peut donc se déclarer indépendant au sens de MIF II, et garder des commissions sur les contrats d'assurance-vie qu'il place. C'est légal. Mais ce n'est pas un conseil payé uniquement par le client. L'angle mort de l'assurance-vie, expliqué.

C'est pourquoi ZeroRetro ne se contente pas de cette mention. Chaque cabinet référencé signe une attestation : aucune commission conservée, ni sur les placements, ni sur l'assurance, ni sur le crédit. Nous lisons aussi son document d'entrée en relation. C'est le document remis au client avant tout conseil, qui décrit la rémunération du cabinet. Les cabinets qui ont signé figurent dans l'annuaire.

Pourquoi notre chiffre est différent

Fin août 2026, nous avons lu 2 757 sites de conseillers financiers. Seuls 44 écrivent ne garder aucune rétrocommission (notre étude). L'AMF, elle, compte 395 cabinets exclusivement indépendants. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose.

  • La source. L'AMF recueille ce que les cabinets déclarent au régulateur. Nous avons relevé ce qu'ils écrivent pour le public, sur leur site.
  • Le champ. Beaucoup de cabinets n'ont pas de site, ou nous ne l'avons pas trouvé. Et près des deux tiers des sites lus ne disent rien de clair sur la rémunération du cabinet.
  • La définition. L'AMF compte le conseil indépendant au sens de MIF II, sur les seuls placements financiers. Nous avons cherché une phrase plus large : le cabinet est payé seulement par ses clients et ne garde aucune rétrocommission.
  • Ce qui est compté. L'AMF compte des fiches de cabinets, nous comptons des sites. Un cabinet qui ne dit rien sur son site peut très bien se déclarer indépendant auprès de l'AMF.

Ces deux chiffres ne se comparent donc pas directement. Aucun ne dit combien de cabinets ne gardent aucune commission, sur aucun produit. Ils vont pourtant dans le même sens : le conseil payé uniquement par le client reste rare en France.

Un marché très concentré

Selon l'AMF, l'activité de conseil rapporte en moyenne près de 152 000 € de chiffre d'affaires par cabinet. Le chiffre médian n'est pourtant que de 12 212 € : la moitié des cabinets font moins, l'autre moitié plus. L'écart vient de quelques très gros acteurs.

Les dix premiers cabinets réalisent 28 % du chiffre d'affaires du conseil. À l'inverse, 15 % des cabinets déclarent n'avoir aucun client pour cette activité. Le conseil en placements ne pèse d'ailleurs que 23 % du chiffre d'affaires total des CIF. Le reste vient d'autres activités, comme l'assurance, le crédit ou l'immobilier.

Les cabinets ont aussi déclaré 692 réclamations de clients en 2025. Plus d'un quart portaient sur des produits de défiscalisation de type Girardin, un investissement outre-mer qui réduit l'impôt.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Tout repose sur ce que les cabinets déclarent. L'AMF vérifie la cohérence des fiches, pas leurs factures. Vingt-quatre cabinets n'ont pas dit si leur conseil était indépendant.

Un cabinet qui se déclare indépendant n'est pas forcément sans commission, on l'a vu avec l'assurance-vie. Un cabinet non indépendant n'est pas non plus un mauvais conseiller par principe. Il est payé autrement, et il doit vous le dire par écrit.

Le rapport ne précise pas toujours comment ses moyennes sont calculées. Il donne parfois deux valeurs pour un même indicateur, à quelques pages d'écart. Nous citons les chiffres tels que l'AMF les publie, en indiquant la page.

Pour savoir ce que fait votre conseiller

Demandez son document d'entrée en relation. Cherchez s'il se dit indépendant ou non. Puis demandez-lui par écrit s'il garde des commissions sur l'assurance-vie. Les deux sens du mot « indépendant ».

À lire aussi : les rétrocommissions des CGP, et qui les paie, et ce que facturent les conseillers payés uniquement en honoraires.

Sources

Cet article est une information générale sur un cadre réglementaire et sur des pratiques de marché. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni un conseil juridique ou fiscal. Les montants cités sont des ordres de grandeur : seuls les documents remis par votre interlocuteur font foi sur ce qu'il facture.